textes

Lundi 1 janvier 2007

On peut considérer le peintre avec un œil littéraire, comme si c’était un personnage de roman, ou imaginer l’artiste comme une figure consacrée essentiellement par sa création et son travail, sans les oripeaux de la vie profane : il nous semble que Michel Parys se situe entre ces deux pôles ; Le peintre peut nous être plus ou moins sympathique- ou proche- mais ce qui nous attire dans sa relation avec l’art, c’est l’intensité de sa réflexion ; ce qui aujourd’hui nous touche le plus dans l’œuvre de Parys, c’est la force de sa réflexion sur l’acte de création : la contemplation de ses œuvres suscite en nous un désir de réflexion, de cheminement à la recherche de nous-mêmes ;Nous voici qui parcourons cette terre de sienne,ces terres brulées, striées de bleu de prusse, parmi les ocres et les jaunes juxtaposés, dans une dimension d’où la perspective est volontairement absente, mais qui n’en est pas moins résolument architecturale, tandis que l’esprit et le souvenir nous entrainent vers certaines églises paléo-chrétiennes de Rome ou d’Anatolie,vers les fresques d’une basilique qui aurait traversé les siècles et dont les murs auraient été très légèrement, imperceptiblement déplacés, remettant en cause le plan d’origine .

La modernité de l’œuvre de Parys est toute entière dans ce déplacement : tandis que nous avançons, accomodant notre œil à chaque changement de direction, à chaquesubtile variation du déroulement picturale, nous pensons à ce que signifie pour nos créer et vivre et par association, au travail de Parys : il naît en nous un sentiment de malaise, tandis que notre méditation poursuit sa route vers les profondeurs . Les tableaux de Parys, fruits d’une réflexion, d’une étude attentive de la peinture, ne sont pas fait pour plaire à tous,ne sont pas peints pour harmoniser, calmer ,éteindre, diluer les contrastes, ils nous sont donnés dans toutes leur contradiction synoptique, entre notre œil et le sien, pour nous inciter à penser : le plaisir ne  vient pas tout de suite face à une toile de Parys : nous pensons, nous enquétons, nous nous souvenons…si nous le pouvons encore ;

Voici alors que l’extraordinaire et palpitante fluidité du support pictural, de la matière colorée, devient le flux même de notre affabulation inconsciente et que l’on jouit esthètiquement de ce voyage qui conserve la pureté contradictoire de la réfléxion.

Deux dimensions se font dans l’œuvre de Parys : celle de la matière et celle d e l’émotion, qui se fondent dans la suite de notre réflexion déçue, comme certaines cruelles histoires de saints et de martyrs, ces fresques un peu effaçées par le temps, peintes par un maître anonyme sur les  murs d’une basilique : avant l’harmonie, avant la perspective. Elles seraient à leur place en un tel lieu, ces toiles, suspendues comme des icônes frémissantes, scandant un parcours ou plutôt un éxode, de la cathédrale, vers la cathédrale.

 

Domenico Cioffarelli 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 1 janvier 2007

 Dans leur apparence même d’évidente simplicité les toiles et les papiers de Michel Parys constituent une sorte d’archi-peinture :

La couleur s’y déploie dans l’espace blanc, au gré du parcours des brosses, en libres  variations suivant un schéma générateur le plus souvent orthogonal .  Ainsi et sans tapage, elles renouvellent sous nos yeux le propos originel de la peinture toute entière, qu’on avait presqu’oublié à force d’interroger tel ou tel de ses aspects :  construire un espace qui traverse le temps.

 

Malgré une souplesse qui donne le sentiment de l’improvisation et nous en restitue la fraicheur, c’est bien à la riguer plastique d’un Mondrian que s’apparente cette opération génétique :  l’instauration d’un espace construit et complet reposant seulement sur la projection dominante des dimensions horizontales et verticales, qu’on peut imaginer se prolonger hors des limites qu’il s’est donné.

L’espace est donc le domaine, « l’affaire » de Michel Parys.  Sa manière même de se conformer aux plans et aux limites de la surface qu’il exède pourtant, se souvient des origines murales de la peinture et de son inscription dans l’architecture.

 

La lumineuse èvidence de sa peinture récente fait d’ailleurs suite à de nombreuses expérimentations intermédiaires entre peinture et structures / objets dans l’espace, qui « matérialisaient » l’organisation de l’espace et du sens.  Travaux plus littéralement architecturaux mais paradoxalement moins « complets » que la seule peinture.

 

Structures bois / papier, volumes, installations…   Autant de confrontations tentées entre un espace pictural esquissé ou déjà constitué et l’espace physique. Il n’est pas jusqu’au plus petits éléments, au cœur même du travail, qui n’ait fait l’objet d’un travail d’autonomisation et de spatialisation : lignes, plans, couleurs furent tous à un moment matérialisés par cette volonté de donner corps à l’abstraction dans une sorte de maquettisation généralisée ; Toute cette propédeutique, toutes ces formes transitoires ont donc finalement débouché sur la pure peinture que nous voyons aujourd’hui, son espace « naturel » et son apparente liberté ;

Une de ces formes transitoire liée tout d’abord au travail du papier, mais particulièrement chargée de sens et prémonitoire, a cependant traversé toute ces étapes au travers de résurgences diverses, jusqu’à affleurer en filigrane dans le travail le plus récent : il s’agit du « tressage ». Tressage orthogonal comme en font les enfants à partir de bandes de papier coloré, des deux dimensions de l’espace, horizontale et verticale, soit la réincarnation du damier au sol de Pierro della Francesca, qui nous rappelle qu’une fois le « tableau » rabattu à l’horizontale ( sous le tableau, la table ), verticales et profondeur sont une seule et même chose ;

Michel Parys, en redressant le damier de Pierro, « tresse » l’espace du tableau, et lui donne vie au travers des infinies variations qu’occasionnent abscences, bifurcations, tremblements ou repentirs, notamment dans les plus réussies de ses dernières toiles « aquarellées « .

 

                                                                                                  Bernard Pierron

                                                                                                 Octobre 2001

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Lundi 1 janvier 2007

      LA GEOMETRIE POETIQUE DE MICHEL PARYS 

 

Tandis qu’hier les assemblages de papier de michel Parys s’écartaient du mur nous proposant de voir transparence et légèreté, la toile d’aujourd’hui recueille sur la simplicité d’un enduit qui respecte son tissage et sa teinte d’origine, la combinatoire raffinée de formes pareillement légères et transparentes. Comme hier les baguettes de bois soutenaient la tarlatane ou les papiers de soie peints en une complexe et fragile configuration, des cernes soutiennent sur la toile ses formes, qui fusionnent parfois l’une en l’autre, en un arrangement mouvant mais nécessaire.

 

Michel Parys lentement médite l’espace / lumière. L’irradiation primaire , celle du soleil, est le seul « vol », pour reprendre une expression de Malévitch, que le peintre fait à la nature. Ce jaune intense se laisse parfois interroger, sa pâte s’alourdit en des profondeurs chromatiques qui réapparaissent au flan des formes, ou s’allège en se laissant conquérir par les blancs, les games de gris ou les noirs. Les plans de couleurs explorent rarement l’au-delà des cernes,qui intensifient leurs vibrations comme ils guident les formes, grilles de prescription et non de fermeture . Si parfois les cernes contrarient l’engendrement des formes, c’est pour faire surgir un nouvel équilibre, ou pour créer des clases qui créer la matière picturale, l’écartèlent pour en mieux sonder le correspondances colorées,  Lorsque le cerne manque, la configuration de vient plus fluide, le pigment trouve sa limite dans le seul reflux de la toile.

 

Chez Michel Parys, les oppositions sont de lumières par le jeu des couleurs mais surtout de limpidité et d’opacité, comme s’il voulait à travers elles nous inviter à mieux regarder la transparence lumineuse qui nous entoure et que nous négligeons de percevoir dans un monde du plein à craquer ;  L’opacité elle-même est travaillé de façon à devenir transparente, elle supporte à son tour le vocabulaire de l’aérien.

 

 Et lorsque le dessin semble triompher, ce n’est jamais au péril de la peinture .  Leur collaboration étroite répond ainsi au souci de Michel Parys, qui est de parler de la combinatoire du réel comme le ferait un architecte poète soucieux des masses autant que de leur mystérieux accords graphiques, de la lumière autant que de ses jeux sans cesse recréant l’ombre, produisant tout ensemble espace et sens.

 

Marie-José Minassian

 


Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus